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- CLAQUE 12 - |
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Truc-Troc : Enfin libres d'échanger... ! |
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A. Vénus Demilo B. Adam Smith |
CONCEPT :
La manifestation Truc Troc se présente comme un "exhibition". En quelle langue faut-il entendre ce
vocable ? S'agit-il d'une exposition, d'une monstration ? Et, si c'est le cas, de qui, de quoi ? Le programme de la
manifestation est clair : cent artistes exposent une œuvre et la proposent en échange. Les fêtes de
Noël approchant, cela fait penser à quelque sympathique brocante où les angelots de papier
doré voisinent avec les bougies artisanales. Le fantôme d'Adam Smith refait surface au milieu des
cotillons : on va échanger, jouer à la foire au troc. Si je comprends bien, l'essence de cette
manifestation réside tout entière dans l'événement de l'échange. Les artistes y
apparaîtront dans tout l'éclat de leur essence contemporaine, non pas en tant que
"créateurs" — que peut encore signifier ce reliquat d'une théologie devenue obsolète
sous les coups de mirliton de la Libre Pensée ? — , mais en tant qu'hommes libres et conscients, leur
liberté répondant à celle de l'histrion mercantile qui propose — on appelle ça l'offre —
dans l'espoir qu'une demande lui réponde. Liberté d'offrir sur une place de marché, liberté
d'acquérir selon son choix. On aura reconnu ce que le libéralisme, si bien nommé, nous
a légué, depuis Hume, Smith et autres utilitaristes (tout fait farine au moulin du libre échange) :
une conception de la liberté fondée sur le choix, la variété de choix, l'ivresse du choix
multiple.
Mais l'exhibition risque d'être morose…
PACKAGING :
Hommage donc à la gracieuse invitation rosée, au bas de laquelle s'empilent les noms des heureux
participants (lilas, pour info). Hommage aux bons auspices que semblaient garantir les ailes de l'écusson
d'une petite voiture de compagnie. Hommage à cette si belle langue anglaise qui nous réunit tous en
frères. Hommage à ce pinceau, si représentatif de nos désirs communs et de nos expressions
communes, similaires. Hommage enfin à nos assiettes, aux 15 sponsors de l'événement,
à la Master C. et à la C. Visa qu'on se défendra d'utiliser un moment. Hommage à nos
couverts et nos napperons, à notre réjouissance à toujours nous nourrir de gratuité feinte .
CONTENT !
A la différence de l'emballage, le contenu lui, fait tristement défaut... Perversion capitalisante
d'un projet qui aurait été, à l'origine (1975), une réaction par rapport à la
mainmise du marché de l'art sur les oeuvres, et par rapport à la phagocytation de leur impact ? Rien
n'est moins sûr... La presse des premières versions de cet event est d'ailleurs assez explicite à ce
sujet 1. L'objectif affiché : faire un "maximum de visiteurs" pour
"un maximum
d'artistes". Simple question de chiffre, en somme. D'où la question récurente de savoir si
l'échange quel qu'il soit peut à lui seul faire office de contenu ?
A l'année prochaine.
Luc RICHIR
Annabelle DUPRET
12.2005
1 "(…) deux cents jeunes peintres échangeront
leurs toiles contre n'importe quel objet. De la vieille lampe à pétrole à la superbe villa.
Pourvu que vendeur et acheteur soient d'accord, tout est permis", in : "Deux cents jeunes peintres belges sont
prêts à troquer leurs toiles contre n'importe quel objet, à Woluwé Saint Lambert", 1975.
"Le « commerce » à proprement parler est ici bien secondaire, même si, soyons franc, quelques
artistes gagnent au change…" in : "Le Truc Troc. De Mme N. Delépine, Bruxelles", 1975.
Sources : www.tructroc.be

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