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- CLAQUE 10 -   

Le chemin du changement selon le MAC's :
sortir du train-train, pour entrer dans le ronron...

"Le tableau des éléments" ou une histoire de passage : une rentrée de musée, la transmission d'un maître à son élève, l'échange entre les œuvres actuellement présentées au Mac's et mon propre itinéraire dans ce lieu.

Il s'agit de la première exposition du Mac's à être confiée à un autre commissaire que son conservateur, M. Laurent Busine, depuis son ouverture il y a 3 ans. En l'occurrence, il s'agit de l'un de ses très proches collaborateurs – un homme de confiance – le chargé du département des publications du Musée, M. Denis Gielen. Certes, il existe une différence de génération entre les deux hommes – "qui n'ont pas lu les mêmes livres, ni écouté la même musique, ni rencontré les mêmes artistes" – mais à savoir si le regard se fait plus neuf, loin s'en faut. Deux jeunes artistes belges sont bien présentes, Dora García et Edith Dekyndt, et avec des œuvres saisissantes de surcroît, mais il ne s'agit pas vraiment de découvertes en Wallonie.

Or, si l'on fait des expositions, "en premier lieu pour se faire plaisir, en second lieu, pour le public", ledit public est à son tour en droit d'attendre d'être surpris de rencontrer notamment, un questionnement qui renouvelle sa pensée de l'art contemporain : un autre angle de vue. Si faire une exposition collective, c'est encore composer – écrire visuellement un propos à plusieurs entrées et sorties – alors, lire ou visiter une exposition collective, c'est encore et toujours rencontrer des problèmes de compréhension, de non-linéarité. Denis Gielen a opté pour le contraire et s'en défend bien. Il s'est basé sur l'idée du cheminement linéaire (pédagogique ?) pour construire visuellement son propos.

L'idée du cheminement vient éclaircir cette théorie millénaire du passage du temps, de la transformation perpétuelle des éléments. L'intention du commissaire était donc de susciter chez le même visiteur-déambulateur (contrôlé) de son exposition, une transformation vers le dépouillement, le recueillement. Point d'échappatoire, de vagabondage, d'erreurs, d'errance.

Le musée tout entier est (pour une fois, et c'est fort agréable) entièrement exploité (son credo : "comment s'étendre sans se répandre") : l'on passe d'une salle à l'autre en enfilade. Arrivé au bout, demi-tour et on recommence à rebours. Le musée comme lieu de procession. Ennuyeux ?

Car, est-ce là la démarche de l'artiste ou du scientifique, qui fragmentent l'univers pour mieux le synthétiser et le rendre intelligible : un parcours sans faute que l'on emprunterait deux fois ? J'en doute. En fin de compte, le propos même de l'exposition est pour le moins confus et surtout inexpérimentable , inhabitable.

Une exposition collective dont le concepteur a l'honnêteté de reconnaître qu'elle est plutôt une collection d'œuvres : chaque pièce étant confinée dans sa salle (en notant au passage que la composition entre l'œuvre et l'espace de la salle reste un exercice de commissariat difficile). Et, lorsque deux œuvres se rencontrent et communiquent enfin (les 50 photos de Roni Horn et la pièce à bonbons de Gonzalez-Torrès), ce n'est toujours pas au profit d'une confrontation plurielle et "alinéaire" au sein du musée. L'exposition serait-elle ici une fin en soi, une machine en pilote automatique ? Où est le jeu ? Où est cette étrangeté qui produirait chez le spectateur un minimum de travail de réflexion et non plus de pure délectation? A force de vouloir rendre l'art contemporain ultra accessible et à la fois de s'en défendre, l'institution serait-elle devenue schizophrène ?

Finalement, le bébé, à 3 ans, n'a peut-être plus besoin de son biberon, mais ne tarderait-il pas franchement à parler ? 

Reste – et là réside tout de même le vrai plaisir de la visite d'exposition – la qualité de la sélection des œuvres présentées : des pièces surprenantes et choyées individuellement, notamment un Buren habitable et vivant (pour une fois) et une vidéo du canadien Mark Lewis renversante. A souligner aussi le travail du belge Geoffroy De Volder, un délice dans cet auditorium où l'on resterait rivé, scotché, happé, toute une après-midi.

Enfin, si l'écriture n'est pas forcément au rendez-vous ou tout le moins fidèle à ce que l'on voit, le graphisme du catalogue est ingénieux et surprenant.

Et le meilleur des éléments pour la fin : Vous pouvez dès maintenant acheter dans le magasin du musée une lithographie d'une œuvre de l'américano-belge Peter Downsbrough exposée dans "Le Tableau des éléments" (250 € la pièce, 50 exemplaires). Avis aux amateurs collectionneurs, le musée fait son service public !

Julie CANGRAND
09.2005

collimateur (archives) - version 2.0     mise à jour : 21-03-07 krimineilzat productions 2006