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- CLAQUE 04 -   

Un mètre carré de tissu

Que l'on tente, serait-ce une minute, de se représenter la honte que se paierait notre concitoyen s'il se baladait en permanence avec un pull arborant fièrement l'étendard de sa patrie adorée. Etrangement, ceci ne le gêne plus dès qu'il s'agit de porter, sur son coeur ou sur sa fesse, le beau drapeau de nos "amis" américains. Il est vrai, j'oubliais, que "nous sommes tous américains" depuis deux ans... aurait-on omis de nous préciser que nous sommes tous en passe de devenir des "patriots" ?

La vénération des couleurs nationales, si chère aux bouchers de quatorze-dix-huit, elle qui offrit une si jolie occasion à Leni Riefenstahl, enfin disparue, d'exercer un talent dégoulinant du racisme le plus abject, ce symbole emblématique des "imbéciles heureux qui sont nés quelque part", cette vénération disais-je est déjà suffisamment porteuse d'idiotie lorsqu'elle est endogène... alors, que penser de tous ceux qui portent - et fièrement, encore - l'oriflamme rayé d'un régime dont la politique belliciste, viscéralement arabophobe, suscite la colère au quatre coins de la planète ? Sont ils devenus, sans être de droit ses citoyens, les joyeux petits valets de l'Etat américain ?

Dans tous ces Etats qu'il faut bien Unir, parfois, autour d'autre chose que le génocide des peuples amérindiens, l'esclavage, ou la fascination morbide de l'arme à feu, le culte voué au drapeau est inculqué avec violence et insistance dès l'enfance 1. Ce drapeau est montré en permanence, et sorti à la moindre occasion ; il est symptomatique de tous ces moments où l'union nationale américaine est remise en jeu, il se doit d'être invité à tous les spectacles, il doit sanctifier par sa présence, mieux qu'un crucifix, toutes les étapes de la vie, il est le goupillon que l'on agite sans cesse pour repousser le mauvais sort. La moindre offense à lui faite, serait-ce seulement le porter à l'envers lors d'une manifestation pour marquer son mécontentement, est immédiatement réprimée, sans que cela ne choque personne. Enfin, l'on notera aussi qu'il est devenu, à l'inverse, l'exutoire par excellence dédié unanimement à l'expression de la fureur anti-américaine : c'est lui le premier brûlé en place publique ! Adoré, renversé ou brûlé... ce drapeau porte fièrement les stigmates du puritanisme le plus étroit.

Aujourd'hui, quand même le nationalisme le plus bête peut s'acheter en masse chez nos braves boutiquiers, les imbéciles heureux qui arborent fièrement le drapeau américain - qui sur un pull, qui sur un jeans, qui sur sa petite culotte - sont devenus, pas tout à fait consciemment, les hommes-sandwiches d'un nationalisme à la mystique puritaine, et d'un impérialisme militaire digne d'une époque que l'on croyait révolue. Alors même que l'on se propose de légiférer sur le port de signes à caractère religieux dans les établissements scolaires, nous faudra-t-il encore longtemps souffrir partout les hérauts de cette propagande bon marché ?

S'il vous plaît, offrons-leur ce qu'ils méritent : des claques !

Gabriel DUPRET
01.2004

1 Voir : www.americanflags.org

collimateur (archives) - version 2.0     mise à jour : 21-03-07 krimineilzat productions 2006