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Chose promise... !


"I promise you('r) a miracle" (détail) - J. Muyle - 2003 (si, si !)

Quand on promet au-dessus de ses moyens (1600 m² quand même !), d'autant plus malaisées sont les possibilités de se rattraper avant de tomber dans le ridicule.

Johan Muyle 1, lui, "artiste belge né à Charleroi en 1956, vivant et travaillant à Liège" 2, a promis rien moins qu'un miracle… et force est de constater que le discours pictural est, au final, nettement à la hauteur des autres, oraux et scripturaux, qui l'entourent, qui l'entouraient et qui l'entoureront assurément encore 3 : soit au niveau -1 de la Gare du Nord (C.C.N.) de Bruxelles ! Pour le "‘miracle’ s'entendant dans son sens laïque" promis, il faudra donc attendre longtemps encore, visiblement, puisque cette œuvre initiée par la C.A.I.D. 4 a été sélectionnée par cette dernière, comme elles le sont toutes, sur base de ses critères habituels, à savoir : "La C.A.I.D. s'attache particulièrement à présenter à l'autorité des propositions artistiques qui privilégient tour à tour des œuvres directement perceptibles au niveau esthétique, ainsi que des œuvres dont les tendances sont ancrées dans le futur proche et qui appartiennent déjà au patrimoine de demain." Laissant derrière nous ces guillemets dont le contenu est pour le moins approximatif quant à la forme et au fond, il nous faut cependant repréciser que c'est bien un Ministre des Travaux publics qui fait littéralement "autorité" pour trancher les questions artistiques touchant à l'espace public bruxellois, ce qui ne manquerait pas de laisser bouche bée, si l'on ne connaissait par ailleurs le cas du Ministre (autoproclamé ou presque) en charge actuelle des Arts et lettres en Communauté française (là aussi contre toute crédibilité) : Daniel Ducarme, soi-même ! Mixité ! Mixité !

Pas de miracle non plus donc, quant à l'œuvre dite "contemporaine" elle-même, dont on annonçait, sans déconner du tout – outre ses dimensions outrageuses et son titre grotesque – l'inspiration dans "le modèle des compositions classiques" et l'inscription "dans la tradition", pour laquelle on n'hésitait pas à remonter à Brueghel (± 1525-1569) lui-même, voire au thème "(biblique) du martyre". Force est de constater qu'à l'heure ou j'écris (décembre 2003, pour ceux qui ne s'en seraient pas encore rendus compte), même les initiateurs d'un style pictural résolument Pop (1956) en ont fini depuis longtemps avec cette manière, tant sur le plan stylistique qu'idéologique d'ailleurs (ne parlons même pas du Réalisme socialiste, de sinistre mémoire) – mais il est vrai que les références de Johan Muyle semblent s'être arrêtées définitivement à la peinture de "Max Ernst réalisant son célèbre portrait de la famille surréaliste" ! Pour ce qui est de l'art contemporain – au sens de la-peinture-faite-aujourd'hui, donc – on va nous chercher des références dans la peinture d'affiches de cinéma à Madras (Inde), où Johan Muyle passe une bonne partie de son temps et où il sait avoir des amis authentique(ment indiens). Certes, mais quels rapports entretient raisonnablement cet art contemporain-là (puisque c'est ainsi qu'on nous le présente) de l'affiche de cinéma grand format – tout omniprésente qu'elle soit dans les rues de Madras, ou de Delhi d'ailleurs – avec l'histoire de l'art qui s'est faite ici, durant les cinquante dernières années du (déjà !) XXe siècle – pour ne parler que de celles-là ? Viendrait-il à l'esprit d'un historien d'art un peu sérieux de parler d'"art contemporain" à l'encontre des affiches géantes imprimées qui couvrent (par exemple) les façades en verre du complexe cinématographique sis au Heysel – autrement que par pure coquetterie intellectuelle socio-masturbatoire, j'entends ?

Tout au moins, les jets d'eau et autres joyeusetés mécaniques foireuses agrémentant la fresque, semblent bel et bien donner à Bruxelles tout entier – selon certains, dont le Ministre bruxellois inauguratoire –, "une nouvelle identité et un nouveau visage". "I promise you('r) a miracle" de Johan Muyle semble donc devoir être à Bruxelles-Nord ce que la pénible Zinneke Parade a été (et est toujours, annuellement) à Bruxelles 2000 : Une Esthétique contemporaine, une fois(… pour toutes) !

Laissons donc au Ministre tutélaire le mot de la fin, tel qu'il l'a prononcé à l'issue de son discours, à l'adresse de Johan Muyle – qui, pour des raisons techniques, lui tournait le dos à cet instant de la conférence de presse 5 : "Monsieur Muyle : I know you are a miracle" (en anglais dans le texte, multi-culturalisme oblige, sans doute).

Alain VAN HAVERBEKE
12.2003
(XXIe siècle)

1Qui porte un nom flamand, comme s'est plu à souligner en début de discours (avec un humour bien à lui) Jos Chabert (CD&V), qui porte quant à lui un nom francophone (toujours cet humour tordant !), en mettant en exergue par ce biais, la mixité culturelle belgo-bruxelloise et fresquiste de J. Muyle.
2 Tous les guillemets renvoient indifféremment aux divers documents reçus dans le dossier de presse, lors de l'inauguration officielle de l'œuvre, par Jos Chabert, Ministre bruxellois des Travaux publics et du Transport, ce 9 décembre 2003.
3 La deux (RTBF) va consacrer une émission télévisée de sa série "Portrait(s)" à Johan Muyle et à la présente fresque, d'ici à la fin de l'année.
4 Pour "Commission Artistique des Infrastructures de Déplacement" – ex-Commission Artistique du Métro.
5 L'artiste devait en effet monter au pupitre derrière le Ministre Chabert, aux fins d'un petit laïus, dont on eût pu espérer qu'il consistât en un semblant de mise en forme conceptuelle de l'œuvre : Que nenni ! Ce fut seulement l'occasion, comme à une remise de prix cinématographiques (là encore), de remercier nommément (donc longuement) tous les intervenants politiques, artistiques et ouvriers, sans qui, etc. etc. Gentil, mais un peu court jeune homme !

collimateur (archives) - version 2.0     mise à jour : 21-03-07 krimineilzat productions 2006