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Edito : La vie dans les plis
Le Collimateur, parce qu'il s'inscrit résolument dans un temps réflexif qui n'a que peu à voir
avec celui cyclique et spectaculaire de l'actualité journalière ou hebdomadaire, amène
d'emblée la prise en compte des modalités de son expression sur la durée. Cela implique de
considérer non seulement un rapport nécessairement entretenu avec le nerf de la guerre, mais
également avec l'intelligence des stratégies à mener pour affirmer et préserver une
identité de fait, dans ce qu'elle revendique d'existence intrinsèquement politique et offensive.
Le niveau de rigueur intellectuelle recherché chez les différents intervenants et la particularité
de leur propos, ainsi bien entendu que la qualité des rencontres personnelles engendrées par la
publication dans nos pages, forment donc un fondement incontournable de ce périodique, qui se pose nettement
à l'encontre du tout au magazine (comme il y a du tout-à-l'égout), où la
vulgarisation de
tous sujets abordés, touche le plus souvent à la vulgarité pure et simple.
Or, il ne suffit pas de dire que l'on va tenir un niveau, il faut s'en donner les moyens à long terme : Dans ce
cadre, le rythme de parution apparaît dès lors comme un élément important de ce constat
pragmatique.
En vertu de l'adage qui veut que "quand on n'a rien à dire il vaut mieux fermer sa gueule", nous avons donc
décidé – parce que nous taire complètement nous est malgré tout impossible (on a ses
faiblesses) – d'espacer quelque peu les parutions périodiques du Collimateur : Au lieu d'un numéro tous
les deux mois, nous passons à un numéro tous les quatre mois – soit 3 numéros par an au lieu de
cinq. Ceci nonobstant les diverses interventions en ligne (telles que les "Claques de la semaine"), qui n'en seront que
renforcées et diversifiées.
Par ailleurs, la mise sur pied d'un périodique tel que le Collimateur, par des gens tels que ceux qui l'ont
initié – artistes, historiens de l'art…- si elle amène un nombre certain de réflexions de fond
quant à la survie possible de celui-ci, en entraîne également quant à celle même ses
"créateurs". De même, un périodique – et plus généralement toute œuvre mise au
public – amène très vite la question de sa perception attendue (public supposé) et surtout de sa
réception effective (public réel).
A ce titre, justement, il est notable de constater combien les questions qui sont posées à son propos
tournent généralement plus volontiers autour des moyens (financiers) de son existence, que des fins
(politiques, artistiques, intellectuelles) de son projet. La "crédibilité" du propos ne passant
semble-t-il que par l'importance du tirage, et surtout, par la renommée (acquise ou supposée) des lieux
et librairies ayant daigné accueillir ce périodique en leurs rayons : Evoquez seulement des villes telles
que Paris et Montréal, ou des magasins tels que la Fnac et Tropismes, et l'horizon de la palabre soudain se
dégagera considérablement (authentique).
Encore refusons-nous – pour des raisons évidentes de liberté de ton à long terme – tous deniers
extérieurs, qu'ils fussent de nature publique (subsides) ou certainement privés (sponsoring,
publicité), leur préférant de loin, la participation spontanée d'une réseau amical,
auquel nous répondons par toutes les formes personnelles de la convivialité.
Le Collimateur se veut enfin l'illustration que la vie intellectuelle et artistique est possible aujourd'hui, dans
les limbes d'un monde qui, s'il en venait à reconnaître honnêtement cette activité comme le
véritable travail qu'elle est, s'empresserait de la sanctionner – à l'instar de ses initiateurs –
comme
illégale. Tant il est évident qu'il n'y a rien à attendre de la part d'un système qui a
fait son quotidien de la précarisation des artistes et du mépris de la Culture en général,
par la forme brutale de son expression administrative délétère.
Dont acte.
Alain VAN HAVERBEKE
09.2004
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